Que faire de ma carrière lorsque tous les indicateurs sont flous ?

Récemment, nombre de mes clients quel que soit leur niveau hiérarchique ou secteur d‘activité me posent la même question «Je dois prendre une décision de travail importante et je suis coincé. Pouvez-vous m’aider?»

De nos jours, beaucoup d’entre nous sont confrontés à l’incertitude dans les organisations. Prendre des décisions rapides et importantes dans ce contexte peut être un défi et relever du parcours du combattant. Aujourd’hui, je souhaite explorer avec vous les difficultés auxquelles nous sommes confrontés lorsque nous avons à prendre des décisions de carrière.
Initiatives de restructuration, plans de transformation, groupe de travail sur l’intégration des équipes… quel que soit le jargon utilisé par votre entreprise, le changement est dans l’air vous sentez que vous allez être impacté d’une façon ou d’une autre. Peut-être vous allez devoir vous adapter à un nouveau rôle, à une nouvelle fonction, à un nouveau supérieur ou à une nouvelle dynamique d’équipe… De même, l’entreprise tout autant que vous, devra prendre des décisions. De votre côté, cela se traduira peut-être par une offre de nouveau poste, décider s’il faut rester ou partir, quand et quoi négocier, ou voire si un nouveau choix de carrière a du sens.

Souvent, la façon dont nous traitons l’information (ou son absence) peut faire dérailler notre processus de décision. Identifier ce qui nous gêne peut nous aider à trouver plus de clarté.

 

Paradoxes liés à la prise de décision de carrière   

Voici quelques histoires vraies : Virginie est gestionnaire de projets accomplie et ambitieuse. Un poste de cadre s’ouvre dans son département. Elle soumet sa candidature au département RH, mais ressent de l’anxiété quant à savoir si elle devrait accepter le rôle.

Alors que son bureau de conseil en communication est florissant malgré la crise COVID, Paul se demande s’il devrait rejoindre une plus grande organisation pour obtenir un poste à l’interne et un titre officiel de « vice-président ». Paul anticipe de recevoir une offre pour rejoindre un de ses clients préférés dans un rôle interne, et se sent déjà tiraillé.

Véronique occupe un poste de directeur RP très convoité dans un grand groupe de luxe. Son poste de cadre est très prenant, maman de deux jeunes enfants, elle vient juste de reprendre ses voyages et son mari également. Leur nouvelle routine est chamboulée. Elle pense qu’un changement de carrière est la seule solution, mais elle a du mal à savoir ce qu’elle pourrait faire ensuite. Elle se sent dépassée par les évènements et perdue.

Malgré des contextes et des situations personnelles variés, des thèmes communs ressortent de ces scénarios. Je les appelle les « paradoxes ». Voyons ensemble de quoi il s’agit.

 

Paradoxe 1 : S’évertuer à prendre des décisions quand il nous manque la moitié des informations

Chaque client tente ici de prendre une décision basée sur des informations partielles.  Virginie se sent anxieuse à l’idée d’accepter son nouveau rôle, alors qu’elle n’a que très peu d’information sur ce poste. Paul n’a pas eu de vraies conversations avec son client et suppose qu’un titre de vice-président ajoutera à sa crédibilité. Véronique n’a pas réfléchi à ce qu’elle veut pour le futur. Sa situation la rend malheureuse et inapte à la réflexion.

Au lieu de prendre le temps de comprendre de quelles informations nous avons besoin et identifier celles nous manquent, nous nous projetons dans des résolutions… Tenter en vain de répondre aux différents « Et si… il se passait ceci », « et si, il se passait cela, » ne fait que maintenir ou aggraver notre inconfort. Poser des questions qui nous aideraient à nous rapprocher de nos décisions afin d’obtenir de plus amples informations est une façon plus efficace de rétablir le contrôle. Ne pas obtenir l’information que nous souhaitons entendre de notre hiérarchie ou manager est déjà une information importante. Il faut en tenir compte.

 

Paradoxe 2 : Courir vers des solutions sans vraiment savoir « où le bât blesse »

«J’aimerais quitter mon emploi, mais je ne sais pas quoi faire à la place.»

Beaucoup d’entre nous voulons sortir de l’inconfort et souhaitons que cela cesse quelque que soit la situation sans prendre le temps de déconstruire la situation actuelle de manière pratico pratique et concrète.  Il est important de savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et si la situation est « réparable » ou non. La tendance est à la précipitation vers des solutions… parfois inatteignables ou aussi drastiques qu’un changement de carrière complet.

Même si changer de carrière peut s’avérer être la meilleure option, il est important de comprendre ce qui motive ce désir avant de lui donner de la place pour qu’il se développe. Souvent, nous « jetons le bébé avec l’eau du bain » plutôt que d’explorer toutes les composantes d’un travail et nos vies en dehors du travail. Il est fort probable que si une ou deux emménagements pouvaient s’effectuer, notre travail et notre vie deviendraient soudainement plus satisfaisants.

 

Paradoxe 3 : Reléguer nos prises de décisions à ceux qui sont à l’origine des incertitudes

«J’attends la décision de mes dirigeants depuis des mois. J’ai présenté plusieurs plans et solutions, et malgré tous mes efforts, je ne parviens pas à obtenir une réponse. Je me sens sous pression et paralysé. J’ai le choix entre creuser ma tombe plus profondément dans ce projet ou m’épuiser.»

Parfois, le problème EST la solution que nous mettons en place. Einstein a écrit un jour : « La folie est de faire la même chose encore et encore tout en s’attendant à des résultats différents. » Si vous essayez la même approche plusieurs fois et que vous n’arrivez nulle part, ou pire, avez l’impression que la situation va de mal en pis, il est peut-être temps d’adopter une nouvelle approche, plutôt que d’abdiquer le pouvoir de décision aux autres.

 

Gagner en clarté : 3 étapes simples pour contrer nos paradoxes

Tout d’abord, identifiez les informations manquantes. Posez les questions difficiles et obtenez l’histoire complète. Ne perdez pas de temps dans vos propres pensées ! Les hypothèses doivent être validées ou écartées pour aller de l’avant.

Deuxièmement, prenez le temps d’identifier le problème de façon concrète. Soyez curieux et positionnez-vous en mode observateur.

Enfin, troquez « je m’en remets aux grandes instances décisionnaires » pour un contrôle plus tactique en décortiquant les décisions à prendre pour les rendre plus gérables. Vous aurez sur elles un pouvoir de décision direct.

Quelle que soit la décision à prendre – dans notre carrière, notre entreprise ou notre vie— le processus même par lequel on souhaite y parvenir peut nous paralyser. En explorant le COMMENT nous prenons une décision et en comprenant l’influence de ces paradoxes, nous pouvons plus confortablement, et plus facilement identifier les blocages comme première étape afin de les éliminer.

 

Marie-Laure est coach systémique et praticienne en thérapie brève certifiée par l’Institut Gregory Bateson, Lausanne-Paris-Liège. Elle aide ses clients à relever les défis du travail et de la vie personnelle, à éliminer les obstacles en élargissant une gamme de solutions pour un véritable changement durable. En organisation, elle développe des interventions de coaching sur mesure en utilisant le modèle systémique de résolution de problèmes. Marie-Laure est basée à Dubaï et a une portée virtuelle mondiale.

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